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Arbre

Le Temps des Rêves

A un ami parisien
“Un des grands malheurs de la vie moderne, c'est le manque d'imprévu, l'absence d'aventures." Théophile Gauthier


J’ai perdu la plume et j’ai perdu le sens
Les mots s’enchaînent s’enfilent et s’en balancent
D’une vie aléas destin trépas marchant très bas
Le long des pages blanches

Pour les salir d’une empreinte à l’encre noire.
Pour les vernir de larmes coulées à la gloire du désespoir.
J’ai égaré les oiseaux, porte plume de liberté,
Je suis tombé dans le panneau des rêves aux vies trop policées…
Et sous un toit de fortune j’écris.
Je jette mon encre brune en plein milieu de la nuit.
La tête dans les étoiles et la plume sur terre ;
L’ivresse des voutes opales, voie lactée de l’éphémère.
J’ai damné mon amour en gueulant votre nom à ces points scintillants.
Je ne sais si ces astres connaissent la force des poètes, des vagabonds, des saltimbanques et des mourants ;
Ceux qui se meurent à crier leur belle au fond des vers de sens,
Buvant des verres d’encre à la santé de leur cruauté.
A leur dédain de l’Amour insatiable,
Aux poèmes insipides qu’elles peuvent déclamer
Par leur faute, j’ai voulu rejoindre les cieux étoilés.
Oui, mourir d’Amour, moi aussi j’aurai pu !
Mais de ma folie en avez-vous vraiment voulu ?
J’ai écrit des lettres qui se cambraient sous l’absinthe de la jeunesse,
Qui formaient les vers niais et tortueux glissés sur le papier par le poète amoureux.
Et comme Mer d’huile nocturne approchant la côte vole en écume,
Je suis météore redescendant sur Terre qui se consume :
De la poussière de rêve vidée des sens.
Et n’allez pas croire ici que je vous écris mes adieux.
Le vin de la jeunesse doit grandir et même devenir vieux pour être savoureux.

J’ai perdu la plume et j’ai perdu le sens
Les mots s’enchaînent s’enfilent et s’en balancent
D’une vie aléas destin trépas marchant très bas
Le long des pages blanches

Ô Folie si je t’appartiens, les mots ont un sens mais ne signifie rien.
Les couleurs pâles du papier sont bien malsaines.
Remplie de noir, elles ne sont que Brouillon de sens, chemin du nulle part, une scène vide.
La Seine !
Amour coule comme fleuve se jette en Mer,
Et comme Mer se fracasse en écume
Et comme Ecume ressemble à la mousse du faro que l’on sirote sur le zinc des habitués du Trémolo.
Répétition absurde d’une vie qui se fait écho.
Et ça boit, et ça boit…
Ca descend des pintes, ça engloutit des bières et ça crache des vers les dents gâtées d’une encre noire.
Ca descend dignement dans l’ordre de la débauche.
Et les marauds bourrés perdent pieds. Noyades assurées dans l’océan de l’encre qu’ils ont gerbé.
Et ça boit, et ça boit…
Ca descend des pintes, ça engloutit des bières et ça crache des vers aux cieux étoilés.
Les mourants pleurent jusqu’à en chialer.
Consciencieusement, ils vont jusqu’à chiader leur ivresse désespérée.
Je mêle mes mots en lambeaux à cette foule et Folie, je vous appartiens car mon Amour était bien fou.
Il a même été jusqu’à me casser délicieusement la gueule, me traînant sur les chemins du nulle part à l’apparence argentée des doux linceuls.

J’ai perdu la plume et j’ai perdu le sens
Les mots s’enchaînent s’enfilent et s’en balancent
D’une vie aléas destin trépas marchant très bas
Le long des pages blanches

Me voilà, vagabond. Sac sur le doc et sans maison, sans raison,
Errant ici et là dans les rues de l’Amour.
Sur la terre des campagnes, je traîne aux alentours.
Je cherche le toit, les bras d’une femme que la folie n’effraye pas…
Que l’écume et le roulis insaisissable des océans pourraient bercer.
Je me suis perdu dans ce pays de cocagne
Où l’on parle une douce langue ibérique.
Je m’émerveille de peuple chez qui j’ai trouvé refuge.
La rue leur appartient et seul le soleil reste maître juge :
Du cœur à l’ouvrage
De leur va et vient
De leur lit d’Amour
De leur lit de Mort
Et je lis dans ces regards la bonté de ces gens dont la vie se calque sur le rythme de leur musique.
Le son de leur guitare résonne dans le cœur de chaque rue.
Mandoline et percu, percute mon âme et J’écoute.
Espagne !
Je me rappelle ces images filigranes imaginées qui prennent réalité.
Femme de Flamenco et vos robes écarlates éclatantes.
Danseuses libres au beau milieu de la nuit
Sont le phare des sourires, des joies et des partages retrouvés.
Peuple de Gitans, comme vous, j’ai erré entre Panam et les cieux étoilés.
C’est ici que mon âme s’apaise et que je me suis posé.
Terre de mon exil si longuement souhaité, je laisse derrière moi la folie et celle que j’ai aimée.

J’ai reprit la plume et j’ai reprit le sens.
Les mots s’effilent, s’égrènent et se balancent
D’une vie allant ; traînant les pas, marchant tout bas,
Le long des pages blanches.