Né avant le monde
Et la glaise
Nous te croyons innocent
Mais ta puissance est sans égal
Tu as connu toutes nos nuits,
Tu te plies, te délies
Tu t'enveloppes et te cambres
Tu portes le chant des insoumis
Et parfois de ton néant
Naît le visible
L'insoutenable énergie
D'une voix oubliée
La litanie perdue de l'air
Bris et fracas
De ton haleine sur la Terre
De ton âme qui tournoie
Dans le creux du monde
Contre l'écorce tu échoues
Dans les branchages tu chavires
Sur l'herbe tu te noies
Et dans mes yeux tu délires
Tu es le vent
Qui a connu trop de saisons
Ton souffle s'est perdu
Dans la haine
Mais la danseuse sait parler aux ouragans
Leur redonner une force
Un vortex bienfaisant
Qui élève le monde
Il s'agit d'un mouvement
Qui part du centre de l'arbre
Du ventre de la femme
De la terre profonde
La petite silhouette
Est apparue au cœur des éléments
Elle vibre
Elle se tend
Ses pieds loins dans la boue
Ses bras s'étirent dans la tourmente
Les paupières closes
Elle est l'œil d'une force démente
Ses doigts se tordent
Son bassin s'arque
Et elle décroche son âme
Qui se dissout dans la spirale
Elle est l'ouragan
Soudain imperceptible
Qui offre ses débris
A la terre ravagée
Son corps, alors
Devient mouvement
Grave et gracieux
Amoureux
L'Ouragan rejoint la lumière
La danseuse se dissout
Dans une arabesque
Enfin libérée
Sous son dernier pas,
Un arbre a poussé.